17.07.2006
Première semaine de vagabondage
Vagabondage de trois mois minimum (retour à Montreuil-City prévu en octobre ou en novembre)
Première semaine de vagabondage (texte évolutif)
Céret, Cyber-Espace (intime et rayonnant)
Le Canet - Céret Perpignan, une chaleur écrasante. Avec mon chien (et un sac trop lourd...), impossible de visiter la ville sereinement.Intuition (vérifiée comme toujours), jusqu'au Canet les routes sont larges, , bruyantes, rapides, et dangereuses (et malheureusement sur toute la côte... un cauchemar pour le marcheur, surtout sous ce ce soleil de plomb). Donc car jusqu'au Canet. L'étang est quasiment inaccessible à midi. Sieste au bord des roseaux. La chaleur est suffocante. mon chien est perdu. j'en ris ! Soirée football au grand café. La victoire de l'Italie va bien m'arranger pour mon vagabondage dans leur beau pays ! Premier plaisir indicible d'être à la fois "dans la civilisation" (et quelle soirée civilisée...) et en dehors puisque je ne sais pas où je vais dormir cette nuit. C'est une sensation assez merveilleuse et très nutritive (un peu angoissante je l'admets, mais on s'y fait très vite au fur et à mesure des jours et des nuits, je vous le promets).
Après la défaite des bleus, le café s'est vidé en quelques minutes. Quel peuple vaniteux et manquant d'esprit festif... Au Brésil ou ailleurs, on fait la fête quelq que soit l'issue du match. Une chose à méditer... La nuit est chaude, sèche et légèrement étoilée. Une fois de plus cette défaite m'arrange car je pourrai dormir tranquille ! J'avais repéré une piste avant le café (un réflexe instinctif chez moi, je repère toujours vaguement où on peut dormir "éventuellement", je l'ai développé depuis l'âge de 17 ans, époque à laquelle je venais à Paris d'Orléans et je dormais quelque fois sur les bancs ou sur les pelouses... la vagabondage est une vieille histoire pour moi... mais je vous raconterai cela une autre fois). L'air est délicat, quelques italiens fanfaronnent un peu et je trouve mon premier p'tit coin d'paradis de mon vagabondage. Près de l'étang et d'une grand route, une chose qui arrive souvent mais le passage des voitures n'a rien à voir avec celui qu'on doit supporter toute l'année dans nos rue. Ce sont comme des gentils fantômes bienveillants qui veillent sur le vagabond, pas des ennemis polueurs et intrusifs. Toutes les choses se modifient pendant un vagabondage, enfin presque toutes. Je m'installe dans un petit renfoncement légèrement caché. Tapis de sol, sac de couchage et une petite moustiquaire imprégnée sur moi, pas tendue pour être le plus discret possible cette fois-ci car je sens qu'il y a des risques de mauvaises rencontres cette nuit. Mon chien est très nerveux et a monté la garde toute la nuit. Il a été merveilleux. Deux types assez louches sont passés près de nous en silence. Puis un rottweiler lourd et assez menaçant. Heureusement que je n'ai pas peur des chiens ; je me prends pour un loup depuis que je suis tout petit, alors ces grands dadets de chiots immatures... Puis heureusement son maître bizarrement silencieux (c'est très rassurant dans la nuit, quel idiot... j'ai revu son épouse avec le molosse le lendemain matin... cet homme est indigne et sans éducation). Puis un sans-abri hirsute qui voulait venir dormir là où j'étais. J'ai été assez fier qu'un frère sans-logis ait eu la même idée. C'est vrai que j'avais remarqué plus profond un vieux matelas mouillé, foutu et déserté, peut-être avait-il dormi comme moi à l'entrée, mais je pense que ce n'était pas récent, sinon je lui aurais laissé son coin évidemment. Il a eu très peur de mon chien et je me suis excusé trois fois par respect sincère. Puis (je l'ai su le lendemain matin en entendant le monsieur dans un râle de plaisir) un couple a planté sa tente pas très loin. Que de monde, que de monde ! J'ai dormi de ce qu'on appelle "le sommeil préhistorique", par petites séquences... Mais quelle belle nuit où j'ai fait face à ma peur. Et merci à mon chien sans qui... Le lendemain matin c'était l'enfer sur terre. Un soleil idéal pour faire sècher de la viande ou du poisson. La soif. La route commence...
Saint Nazaire (l'étang est mortel pour un marcheur). C'est sec, hostile et grouillant de voitures. Un univers cauchemardesque auquel il faut que je m'habitue. Mon chien souffre plus que moi. Une première rivière merveilleuse avant le village. J'hésite à y passer la nuit. Saint Nazaire. Une petite bourgade paisible mais vide de bonnes ondes, je le sens. Ne me demandez pas pourquoi, c'est comme cela. Je continue. La route est brûlante, surtout pour les pattes de mon chien. Des arrêts fréquents, une belle communion entre lui et moi... Alénya, j'aime plus ce village. Un pot, deux bières fraîches et une dame au grand coeur. Une belle rencontre. Puis où dormir ? A ce moment je deviens comme un pisteur. Trouver un coin tranquille. Je deviens comme un animal blessé. Une petite route désete, un pré, des ronces (il en faut pour être sûr de trouver le paradis), vive les bâtons de rando dans ces moments ! Puis le plus sublime prunier sauvage du monde... Une hutte naturelle d'une douceur protectrice quasi divine par cette chaleur. La nuit fut magique. Les prunes nous sont tombées dessus toute la soirée et toute la nuit. Aucune humidité, un calme indicible, des oiseaux venus d'ailleurs. La plus belle nuit dans la nature de ma vie, je crois. Le lendemain matin, un vieux bonhomme marchant avec un superbe bâton de rando se présente à l'entrée de notre grotte secrète. "Ne bougez pas !" Sa voix est douce et bienveillante. Une simplicité et une réelle humanité se dégagent de lui. Mon chien s'est tue en quelques secondes, c'est dire... Il l'a senti. L'homme a cueilli quelques prunes, se plaignant qu'elles n'étaient pas encore mûres, etc. Il s'est inquiété sur l'humidité pendant la nuit. Je l'ai rassuré. Il a fait le tour de l'arbre, a cueilli quelques prunes. je suis resté couché. Je me sentais en confiance. Puis il est parti en disant simplement: " Allez, je vous laisse !" Une rencontre simple, belle et sereine. Un petit trésor de vagabondage dont je me souviendrai, croyez-moi...
Le matin, sur un coup de tête, je renvoie par Collisimo à un ami ma tarptent (trop lourde et surtou trop volumineuse), ma couverture de l'espace (idem mais indispensable à partir des premiers froids cet automne et quel dommage car au sol c'est une merveille si solide) et mon tee-shirt contre le froid (idem). Je compte sur mon poncho pour m'abriter de la pluie (pensées pour l'Ami Peyo). Mon chien souffre des coussinets. J'en parle au bureau de poste et un jeune me propose de nous emmener à saint Cyprien cahez un véto. Malheureusement il nous dépose au mauvais endroit et on doit marcher quatre ou cinq kilomètres ensuite. ce fut triste et très difficile avec toutes ces voitures insupportables et dangereuses. Mon chien n'en pouvait plus. Le pire moment de sa vie peut-être. Deux agrafes à la patte droite et les deux pattes avant en sale état. La doctoresse était parfaite, douce, pleine d'empathie et de curiosité, un être humainrare et précieux. Il faudra enlever les agrafes à Céret dans dix jours. Antibiotiques, pansements, crème, Solipat (que j'aurais dû appliquer quinze jours avant, les conseils de Lord Peyo oubliés, mea culpa...). Un mlerveilleux café rugby où le patron me donne trois chaussettes de son fils. De beaux échanges sur la montagne plein d'empathie et d'inquiétude pour moi avec un homme digne. Nous repartons plein d'espoir. Mon chien marche avec deux chaussettes multicolores. A la sortie de Saint Cyprien, bivouac près de la route pour Elne. De hautes herbes folles, un espace immense. Ma tarptent aurait eu une allure majestueuse ici mais elle était partie à Paris, dommage. Heureusement qu'il n'a pas plu.
Elne, passage distrait, mon chien a fait grand impression ! Direction Ortaffa. Bivouac au bord d'une petite rivière douce et paisible le long de la route, à quelques centimètres ! Je n'ai jamais dormi aussi près de l'eau. ce fut une belle nuit humide près de l'eau, des animaux aquatiques, des papillons et des étoiles. Une nuit très particulière. (mais trop humide pour mon chien)
Ortaffa, passage trop rapide (mon chien n'avance plus). Il faut trouver notre grande soeur le Tech. Elle est belle et gracieuse. Bain juvénile, insouciant et salvateur avec mon chien. Le plus beau moment qu'on ait passé ensemble... Première nuit en hamac de ma vie. Sublime, régénérateur, des rêves incroyables (aussi beaux que pendant mon adolescence, Duke Ellington parlant merveilleusement le français, etc.), de sensations inouïes... Vive le hamac ! Croyez-moi ! Je ne partirai plus sans lui... Lendemain matin gracieux. Je suis vraiment rentré dans ce vagabondage. Le long du Tech. Mon chien traîne des pattes. Routes difficiles jusqu'au moulin de Brouillat. Second bivouac au bord du Tech, mais cette foici nous avons traversé la rivière (mon chien faisant l'hélicoptère amphibi, une nouvelle race à inventer!) pour trouver un vrai sanctuaire loin de tout ! J'aurais pu y passer des semaines voire des mois... Seconde nuit en hamac, aussi divine sinon plus. Baignades, toilette, bonheur simple.
Lendemain, direction Le Boulou. La route est suffocante et vidante, la patte gauche de mon chien l'a lâché maintenant. Le Boulou, au café la serveuse est lituanienne. Mon frère Soutine n'est plus très loin... Il faut revoir le véto plus vite que prévu. Nous prenons donc le car pour Céret. Céret. Une plaque en hommage à Chaïm. Des larmes pas loin des yeux. Si vous saviez comme j'aime cet artiste immense... Mais pas une seule toile au musée. le monde n'a pas de sens... J'irai à Cagnes en août pour voir les autres paysages qui l'ont inspiré. Un été proche de lui finalement, proche d'un des artistes que j'aime le plus au monde. La ville est fraîche, gorgée d'eau et les alentours s'annoncent chargés d'âme. J'aime cette ville et nous avons trouvé un coin de paradis absolument parfait à quinze minutes du centre ville, au bord de ma grande soeur, avec mon hamac... Mon chien va mieux. Il faut qu'il s'endurcisse un peu pour devenir un bon chien vagabond ! La nuit il grognasse de plus en plus. C'est bon signe. Les oiseaux et la rivière chantent divinement autour de nous. Je crois qu'on a trouvé le coin le plus paisible de la région, qui sait ! C'est un talent que j'ai peut-être. Posez-moi où vous voulez et en une demi-heure maximum, je vous déniche un lieu magique ! C'est tout l'art du vagabondage. Parler, savoir se taire, échanger, rencontrer, mais aussi savoir s'isoler dans un lieu que seuls les oiseaux et les papillons des étoiles peuvent connaître ! Mon chien étant encore trop faible de ses pattes, j'ai décidé de rester à Céret jusqu'à la fin du mois.
Laurent et son chien
photos: http://enfanceart.free.fr/vagabondage/canet_ceret/
forum: http://www.randonner-leger.org/forum/viewtopic.php?id=2123
17:00 Publié dans Vagabondage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vagabondage






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